Presse | Igor Jean

L’homme qui murmure à l’oreille des arbres

Igor Jean c’est le régional de l’étape. Aptésien depuis 25 ans, il en a 30, le Lubéron est devenu son terrain de jeu. Il y a élu domicile. Conducteur de travaux aux Ateliers du Chêne pour les activités de La Cabane Perchée, il est le promoteur des constructions atypiques de Charlois.

Aux Ateliers du Chêne, à Apt, Igor est un peu comme chez lui. Il y passe le plus clair de son temps et se partage entre son bureau, à l’étage, l’atelier au rez-de-chaussée et les visites chez les clients. Igor est un passionné, au même titre que ses collègues. Charpentier de formation, et de métier, il est passé par la case Compagnons du Tour de France. Une école de la vie, en plus d’une école d’apprentissage. Une expérience dont il aura su s’approprier la substantifique moëlle pour la bonifier et la partager.

Compagnon

Pour faire plaisir à ses parents, à sa mère surtout, comme beaucoup, il a fait l’effort de mener à terme ses années lycée avec l’obtention d’un bac S. « Pour moi, l’école, c’était une torture. J’avais cette image de celui qui ne faisait jamais rien comme tout le monde, de celui qui arrivait au bon résultat avec une méthode différente. Ma mère m’a toujours dit tu passeras le bac. C’est ce que j’ai fait ». Son avenir, Igor l’imagine ailleurs que sur les bancs de la fac. « Je suis monté sur une échelle avant de marcher, j’ai grandi au milieu des travaux quand mon père construisait notre maison (il en a bâti 4). J’ai toujours été attiré par les métiers manuels. Mon père me disait toujours, ton meilleur outil et meilleur allié, ce sont tes deux mains ». Plus qu’une anecdote, c’est un conseil qui fera son chemin et sens pour Igor.

L’heure du choix

Jeune bachelier, Igor opte pour les Compagnons du Tour de France. Un choix de cœur et de raisons. « Le mari d’une cousine était compagnon, il n’en fallait pas plus pour me convaincre ». Direction Marseille pour l’école, Brignoles pour l’entreprise, soit environ 180 km par jour qu’Igor avale sans rechigner pendant son compagnonnage. « J’ai découvert un autre univers, un univers qui me plaisait, fait pour moi. Les Compagnons, c’est l’école de la vie, l’apprentissage de savoirs, mais aussi du respect, de valeurs et notamment celles du travail ». Après Brignoles, direction Albertville et toujours la même soif d’apprendre, de comprendre, de bâtir. Son épreuve pratique, dans sa formation de Compagnon, ne sera pas une maquette, comme il est recommandé, mais une réalisation grandeur nature. Un chantier sur lequel il passera beaucoup de temps, le soir après les cours. L’aménagement d’un porche, toujours édifié à ce jour. Pas comme tout le monde.

Le plus beau métier du monde

À travers le métier de charpentier, à travers le bois, Igor découvre l’arbre, apprend la forêt, le temps long. « Plus on connaît l’arbre, plus on le respecte. C’est un fait. Charpentier, je pourrais dire que c’est le plus beau métier du monde, un métier noble, ancestral. Le charpentier travaille le bois debout. C’est un métier qui a permis d’édifier parmi les plus beaux monuments au monde. C’est un métier très technique, à fort savoir-faire. On travaille sur des gros volumes avec une précision d’horloger. Le bois, c’est une matière vivante ». Lorsque Igor se met à parler des arbres, sa voix change, son regard se tourne vers l’horizon, en quête d’une image pour illustrer son propos. Conducteur de travaux au sein de La Cabane Perchée, qu’il a rejoint en 2020 au moment du Covid, Igor a pris l’habitude d’observer, d’analyser ces arbres susceptibles d’accueillir dans leurs branches, une cabane. « L’arbre, c’est le préalable pour implanter une cabane. Il faut trouver le bon, suffisamment droit, suffisamment haut et fort. Son exposition aux vents, son âge… Il ne faut rien négliger, surtout en termes de sécurité ». Quand tout est validé, le projet peut démarrer. Il reste néanmoins une étape, une autorisation à obtenir : « Quand j’ai fini de scanner l’arbre, j’ai un rituel immuable, je lui demande l’autorisation d’installer une cabane dans ses branches ! ».

Trois questions à Igor Jean :

Igor, quelles sont vos fonctions au sein des Ateliers du Chêne ?

Je suis conducteur de travaux pour La Cabane Perchée, c’est comme ça que l’on appelle ce que je fais. Je suis les chantiers de A à Z, de la conception à la livraison chez le client, à l’installation dans l’arbre. J’assure aussi les premiers rendez-vous chez les clients. L’idée est de voir si le projet est réalisable, dans quelles conditions et avec quel budget.

Comment avez-vous intégré les effectifs?

(il réfléchit) Pendant deux ans, j’ai travaillé comme charpentier-couvreur en auto-entrepreneur. Usant. Ma mère, qui est éducatrice, avait entendu parler de La Cabane Perchée pour placer des jeunes en stage. C’est elle qui m’en a parlé. J’y suis allé. J’ai vu de la lumière et je suis entré comme on dit. C’est Pierre Nègre qui m’a embauché. Ce jour-là, il y avait une réunion je me souviens. On a fait l’entretien accroupi dans l’atelier. Deux semaines après je commençais cette aventure. Et en deux semaines, j’ai fait quasiment un mois complet pour finir dans les temps une cabane, ma première cabane.

Et depuis ?

Depuis ? On a construit une cinquantaine de cabanes un peu partout en France et dans le monde. On travaille dans des conditions exceptionnelles, il y a une équipe formidable, un vrai esprit d’équipe. Chaque matin j’ai plaisir à venir travailler, même si je ne suis pas un lève-tôt. J’aime mon métier. J’aime le principe de travailler pour réaliser les rêves de gosse des gens. On a la chance d’appartenir à un groupe qui nous permet tout cela. Nous en sommes tous conscients. On a la chance de faire partie d’un groupe en pleine expansion, qui avance, qui multiplie les projets et les idées. Des idées qui vont toujours dans le même sens, vers le même objectif : valoriser toujours mieux le bois, en particulier le chêne, et à travers eux les savoir-faire, nos savoir-faire.

Photographie: Christophe Deschanel